jeudi 12 mars 2009

Canal de Panama suite

Jeudi 12 mars 2009.
Et oui nous revoilà beaucoup plus tôt que prévu et non nous ne sommes pas encore aux Galápagos mais toujours à Panama City.
Cela mérite quelques explications et un bonus tout spécial, n’hésitez pas à visionner le making-off de la vidéo du canal (pour les parents de Thierry : je vous promets il avait bu !!!)

Entre contretemps et solidarité entre marins voici les raisons de notre non départ :
- Certainement qu’Alofi avait du le mériter mais ce bateau qui n’avait jamais connu de problème jusqu’à maintenant, s’est vu affligé d’une série de plaies que tout esprit judéo-chrétien estimera mérité (je répète la phrase de Philippe), plus prosaïquement une vraie guigne panaméenne : une pompe à eau de moteur inboard out, un moteur hors-bord kapout, un guindeau pour relever l’ancre hors service, une chaine d’ancre préhistorique à changer, et des travaux planifiées depuis quelques temps à effectuer (vanne des WC, anodes de salvedrive et retouches d’anti-fouling nécessitant un petit échouage volontaire). Bref pour faire court, 1 semaine plus tard tout fonctionne mais on ne s’était pas senti le cœur des les abandonner dans cette panade et un petit coup de main s’il n’était pas indispensable était pour le moins le bienvenu.

- Alors que nous étions prêts à partir, une piqûre d’insecte datant de quelques jours s’est brutalement et salement infectée sur la jambe de Philippe, nécessitant un voyage aux urgences de l’hôpital, mais surtout le lendemain l’intervention d’Hugues, un médecin navigateur très sympa, pour une incision et des soins accompagnés de repos incontournable et indiscutable pendant les 5 jours suivants.- La guérison est en bonne voie. Bref nous sommes encore là mais partirons quoiqu’il arrive samedi matin, ventre à terre et couteau entre les dents pour être aux Galápagos le 21/03 afin d’accueillir Annie & Jean-Paul.

Maintenant que l’effervescence du canal est passée, il nous faut revenir sur un épisode important. Il y a quelque temps de cela nous avons touché une patate de corail en nous aventurant un peu plus loin qu’il n’est raisonnable au fond d’un lagon. Pour paraphraser Philippe et son copain Jean-Paul, il faut parfois un peu forcer le destin. Mais là on a quand-même réussi à tordre l’axe du safran d’environ 15°, qui sous l’eau dirige le bateau. Aussitôt email à PROMETA pour diagnostiquer le mal et évaluer la conduite à tenir à court terme. Réponse immédiate et sans appel : « non, vous ne pouvez pas continuer comme ça sous peine d’aggravation de la situation et à terme voie d’eau et panne du pilote électronique ».
Nous voilà dans de beaux draps mais maintenant on fait quoi ? A nouveau réponse immédiate de PROMETA : « pas de problème dans 4 jours un safran neuf part du chantier par UPS et sera à Shelter Bay Marina à Colon 5 jours plus tard ». Bon c’est bien la confiance en soi mais là on s’est dit qu’ils faisaient peut être preuve d’un bel optimisme. Fabriquer et expédier une pièce de 2 mètres de haut et d’environ 40 kg pour que nous la recevions sous à peine plus d’une semaine !
Que nenni, il fut fait comme il fut dit et dans les temps impartis. Bravo! Ne restait plus à Philippe avec son célèbre acolyte Thierry qu’à enlever le vieux et à remonter le nouveau en passant sous le bateau et en refixant le tout en lieu et place. J’ai eu peur un moment que cela prenne plus de temps que les 9 jours de la 1ère étape mais non, ils ont assuré et en une ½ journée et une bouteille de plongée plus tard, tout était en place, perçage et boulons compris. Comme quoi Philippe ne sait pas changer une ampoule à Rouen mais sait démonter un moteur au Belize ou « faire des travaux sous-marins » à Panama. Il va falloir que je médite sur les mérites de la motivation masculine eut égard aux circonstances !!!

Profitons de ce mouillage beaucoup plus « habité » que les autres à cause de l’entonnoir qu’est le Canal de Panama pour vous présenter un échantillonnage de nos voisins et des rencontres que nous faisons au fil de l’eau. Cette petite liste n’est évidemment pas exhaustive mais image l’immense spectre des rencontres possibles.

HISTOIRES DE VOISINS.

SAMBA : un trimaran jaune qui à l’escale se transforme en voilerie pour retailler des spis, réparer des grands voiles, fabriquer des tauds de soleil.
GENESIS : un petit bateau rouge en acier habité par un allemand, grand spécialiste de soudures en tout genre y compris inox et alu !, qui vient chez vous avec son matériel si nécessaire pour réparation ou fabrication de structures métalliques. MORMAÏ : nos voisins, 2 jeunes et beaux brésiliens, qui après un exploit en planche à voile, ont réussi à se faire sponsoriser pour un voyage autour du monde tout frais payé y compris le bateau. Ils ont une caméra pro et filment leur voyage pour financer tout cela auprès d’une télé brésilienne. Philippe trouve que ça fait plusieurs fois que ces Don Juan s’ancrent très proche de nous ! Ah bon ??!! …

BLUE BOTTLE & BLUE MOON : 2 bateaux américains qui mettent un point d’honneur à naviguer autour du monde à l’ancienne avec des bateaux dans leur état d’origine, un peu comme un rallye de voitures de collection.HOOLIGAN : un vrai « flotteur » comme on les appelle, toujours beatnik sur un bateau en acier où la peinture empêche la rouille de tomber.LO : un joli cata très rapide avec une famille très sympa vivant en Calédonie dont le challenge est de faire le tour du monde en 2 ans. Bravo, challenge en passe d’être réussi ! Hugues est médecin et est toujours content de soigner les uns et les autres avec une gentillesse sans pareille. On est bien placé pour le savoir !BELON : cette famille belge est partie des Antilles pour un an et compte aller jusqu’en Polynésie avec leur 3 jeunes enfants où ils revendront leur bateau et rentreront en Belgique. Un bon exemple pour ceux qui hésitent à partir ou qui pensent qu’il y a moins de solutions que de problèmes. Le skipper, vous ne pouvez pas le rater, il part tous les matins dans Panama depuis 3 semaines en quête de la pièce de secours du jour !

SONG OF THE SEA : un superbe yacht à voile d’au moins 40 mètres, de toute beauté et d’une classe avec équipage professionnel de 4 personnes ! Philippe plus tard se verrait bien capitaine quelques années pour un riche armateur, lui emmenant le bateau aux différentes destinations dans le monde où son propriétaire aimerait en profiter. Moi mon rêve ce serait d’en être le propriétaire …

Et puis plein de bateaux tout simplement qui pour 1 an, 2 ans, 5 ans ou une vie, ont décidé de profiter du temps, des rencontres, de la liberté du choix des destinations, du vent pour le windsurf. Des bateaux pour qui comme nous le maître mot reste curiosité, et découverte des gens, des cultures, des histoires, des pays. Des gens qui veulent profiter d’eux et de leur petite famille.
Quelques photos supplémentaires de nos chers bambins dans le parc de la Punta Culebra où nous étions partis en exploration pour traquer le paresseux. Les prochaines images ? Certainement les otaries !!!

Cherchez le paresseux !!!


A dans 15 jours pour la suite ....

samedi 7 mars 2009

Le Canal Panama

C’est plus de 13 000 transits de bateaux en tout genre.
C’est 50 miles à parcourir, environ 30 mètres de dénivelé (30 mètres de montée et 30 mètres de descente) et 6 écluses à franchir : Gatun (3 écluses), Pedro Miguel (1) et Miraflores (2).
1 nuit et 1/2 journée de transit pour un voilier.

Pour « affronter » le canal de Panama certaines exigences sont à respecter comme d’avoir à son bord le skipper, soit Philippe, et 4 handliners qui assurent les manœuvres d’aussières dans le canal (pour les néophytes, ce sont les 4 personnes placées aux 4 coins du bateau et qui ont en charge le réglage des amarres au fur et à mesure que le niveau de l’eau varie dans les écluses) et 1 advisor, il s’agit d’un pilote agréé par le canal qui vous donne les consignes et s’assure que tout se passe bien.
Nous avons donc constitué une équipe de choc en ayant à notre bord Thierry d’Alofi, qui avait effectué la veille un transit parfait, et Gaby et Richard de Riga2. Nous ne pouvions espérer meilleure compagnie pour cette étape importante.

NOTRE CANAL c’est beaucoup d’émotions, des portes qui se ferment sur l’Atlantique et qui s’ouvrent sur le Pacifique, la promesse d’un nouveau monde et donc d’un nouveau voyage. C’est un mélange d’appréhension et d’impatience en regard des mastodontes de 300 mètres avec lesquels nous partagerons les écluses et du mythe dont nous rêvons depuis déjà quelques temps.
Mais c’est d’abord de la technique, au même titre qu’un méga cargo nous prenons rendez-vous avec un « mesureur » qui évalue la taille et la capacité du bateau à passer le canal. Première bonne nouvelle car ma toute nouvelle promotion au titre de co-skipper, par Philippe parti 2 jours passer le canal avec nos amis Alofi, me permet d’assurer la responsabilité de cette 1ère étape. Pas de problème jusqu’au dernier moment, la dernière question fatidique : « dans quel sens tournent vos hélices ? » Heu, heu … Zut, je vais être recalée à mon examen ! Heureusement cette question n’était pas éliminatoire et elle s’est terminée par « No te preocupes, Virginia » OUF !
Mais c’est aussi de l’aventure car l’étape suivante est la banque. Le seul problème : un obscur différent entre un consortium de containers chinois et la marina avait entraîné la veille, l’arrivée des bulldozers et des grues qui avaient presque totalement obstruée l’accès à la ville. Qu’à cela ne tienne, avec une bonne paire de tongs et Emma sur le dos, nous avons escaladé les grillages et containers, nous nous sommes glissés dans les fossés et sommes arrivés 5 minutes avant la fermeture de la banque ! Ouf la partie pratique de mon examen vient s’ajouter à mon succès dans la partie théorique.

Le plus dur était fait, il ne restait plus qu’à effectivement « transiter le canal ». Là comme vous pouvez le voir sur le film ci-dessous, l’équipe masculine s’est motivée et a commencé à me soulager en prenant les choses en main.

Le rendez-vous étant pour le lendemain nous restait les derniers préparatifs à effectuer, principalement l’installation des bâches et pneus de protection, repas et apéritifs rituels des veilles de grands événements.
Mowgli avec son habit de Panama
Dernier repas au restaurant
Nous levons l'ancre, samedi à 17h00 ....
Et un petit verre pour fêter ça ...
Samedi 19 heures : nous tournons en rond au point de rendez-vous en attendant notre pilote officiel. Celui-ci arrive à 20 heures et nous dirigeons vers les 1ères écluses distantes de 5 km. Juste avant d’y arriver, 2 autres bateaux (monocoques) viennent s’attacher, un de chaque côté, et nous formons donc un « radeau » de 13 mètres de long et 12 mètres de large. Nous sommes le bateau du milieu, c’est donc à Philippe que va revenir la responsabilité des manœuvres au moteur d’entrée, sortie et autres évitements. Par-contre si les 2 autres bateaux n’ont plus aucune responsabilité des manœuvres, c’est à eux que va revenir le maniement et réglage des amarres au fur et à mesure que nous montons ou descendons dans les écluses.
Arrivée sur la 1ère écluse de Gatùn
Fermeture de la 1ère porteBref un peu de tension, surtout que suite à du retard parmi les cargos nous avons du attendre 1h30, attachés tous ensembles avant de pouvoir entrer dans la 1ère écluse. Finalement après 3 fois 1/2h pour 3 écluses, nous sommes dans le lac intermédiaire et prenons une bouée pour la nuit, il est minuit. Un bon repas avec Richard, notre Chef italien et à 2h30 tout le monde au lit.
Dimanche 6h00 du matin : c’est déjà l’heure ? Et oui notre nouveau pilote arrive dans 1/2h et après un petit déjeuner sous les cris des singes hurleurs, c’est reparti. Cette fois-ci après le dépucelage d’hier nous sommes plus sereins.
On commence par 2h de navigation pour traverser le lac Gatún et 1h dans le Gaillard Cut, grand couloir de plusieurs km creusé dans l’isthme. A midi, nous reformons le même radeau qu’hier et en 1h30 redescendons les 3 écluses, de Miraflorès vers le Pacifique.
13h30 : 5, 4, 3, 2, 1 ! TOP !!! Nos étraves sont dans le Pacifique et quelques secondes plus tard, bonne nouvelle, nous aussi. Embrassades, cris, photos, émotions, Philippe me prend dans ses bras et m’embrasse, je suis rassurée ! Il a même laissé notre bateau sous la conduite de Thierry pour cette toute dernière écluse et nous avons pu profiter en famille de ces quelques grands moments.
Il ne nous reste plus qu’une petite heure de moteur, le passage sous le mythique pont des Amériques et nous voilà mouillés à la « Playita de Amador » face à Panama City.
Nous reverrons le lendemain notre pilote dans sa lancha officielle de surveillance du port qui comme la veille vient redemander à Philippe s’il peut m’emmener avec lui (je n’arrive pas à savoir si c’est pour mes charmes ou soyons plutôt réalistes, il a semble t’il adoré notre repas d’hier). J’ai cru voir un instant d’hésitation dans le regard de Philippe ! Il va falloir qu’on en parle !!!
Philippe & Richard rangeant les aussièresEmma pressée de retrouver Manon & PaulPhilippe & Thierry sous le pont des Amériques
Film du transit



Un grand bravo à mon skipper préféré pour sa maîtrise des opérations et un énorme merci à Gaby, Richard et Thierry pour ces formidables moments partagés.

D'ici 2 ou 3 jours nous partirons pour les Galapagos, nous espérons y arriver après 8 jours de mer. Alors à plus tard pour de nouveaux récits mais dans le Pacifique ...